Un facteur qui respecte l’anonymat - par Frédéric Pô

Chaque jour, chacun d’entre nous est exposé à près de 3 000 messages publicitaires. Face à ce déferlement, la liste Robinson compte près de 200 000 inscrits. Les autocollants « Stop Pub » ont déjà attiré 5% des français. Sur Internet, une majorité d’utilisateurs ont installé des outils de lutte contre le courrier non sollicités, alors qu’apparaissent des outils de messagerie électronique qui bloquent tous les messages dont l’expéditeur n’est pas présent dans le carnet de contact du récepteur. La LCEN renforce la protection des consommateurs en imposant aux annonceurs de ne s’adresser qu’aux personnes déjà clients ou prospects, ou, à défaut, à des internautes ayant explicitement accepté la publicité (l’opt-in).
Utilisateurs et législateur s’accordent donc pour « tenir les annonceurs à distance ».
Doit-on pour autant s’inquiéter d’un rejet de la publicité ? Pas si sûr.
Malgré les craintes exprimées ça et là et renforcées par la multiplication du spam, les internautes ne sont finalement pas si opposés à recevoir de l’information commerciale. Pour ne donner qu’un exemple, le grand jeu de Noël que nous avons lancé sur laposte.net nous a permis de récolter plus de 200 000 coordonnées en « opt-in »(soit près de la moitié des joueurs). Le ras-le-bol stigmatise moins une surexposition à la publicité, qu’une lassitude de recevoir des messages pour des produits ou des services dont nous n’avons que faire. La qualité de la proposition joue ainsi un rôle primordial dans l’acceptation ou le rejet du message. Et ce n’est finalement pas un hasard si 95% des français rejettent le marketing téléphonique alors qu’ils sont en revanche 93% à lire ou regarder les publicités envoyées par courrier : le courrier reste le media qui leur donne le sentiment d’être le plus concernés.
S’il ne provoque pas les réactions de rejet de la sollicitation par téléphone, l’email reste encore loin derrière le courrier en termes d’adhésion et d’acceptation : 73 % déclarent encore ne pas apprécier recevoir de mail publicitaire. L'Email marketing français souffre bien évidemment des mauvaises pratiques des spammers. Mais aussi de certains réflexes de marketer, qui, abusant du très faible coût d'envoi, préfèrent arroser 120 % de la cible, plutôt que 100%.
Face au marketing de masse et au rejet de l’omniprésence publicitaire, se développe donc un marketing de permission qui redonne au consommateur le contrôle de ce qu’il reçoit. Cette évolution se déroule dans le cadre d’un arsenal juridique toujours plus contraignant, avec de nouveaux outils marketing qui permettront aux consommateurs d’interagir avec des milliers de messages publicitaires.
Plusieurs outils sont ainsi à l'étude, en France comme à l'étranger : certains, assez intrusifs, passent par l'envoi via Bluetooth de messages sur nos équipements portables (téléphones, PDA..). D'autres, comme les QR Code, connectent déjà les consommateurs japonais aux sites des publicités qui les intéressent, offrant ainsi une certaine réactivité face à la publicité. Les prochains sont encore à trouver, qui permettront aux consommateurs de choisir sous quelle forme, quand et quel message ils souhaitent recevoir de la part des annonceurs, en tout anonymat. Ces messages pourraient transiter par un tiers de confiance tel que La Poste, qui garantirait cet anonymat tout en assurant la remise des messages souhaités, sous la forme demandée.
15 février 2006 18:01:45






















